Lors de l’introduction de nouvelles technologies, il est de bon ton d’opposer l’ancien et le nouveau, de pronostiquer l’écrasement de l’un par l’autre.
Tant il est probable que l’automobile ait tué la calèche, l’électricité la bougie, Internet le Minitel, la carte postale et l’industrie du disque (ainsi de suite)… le numérique serait en passe de tuer… le livre ?
Valérie Mathey, Sarah Feuvrier et Gérard Picot de la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne sont en passe de ridiculiser ce schéma de pensée éculé en le prenant à rebours… Avec une simple page Facebook : Improbables librairies, improbables bibliothèques.
Lors du lancement de la page en avril 2012, ils n’avaient pourtant d’autre ambition que de partager leur goût du livre, le charme d’innombrables lieux de lectures, de découvertes et de rencontres que sont les librairies et les bibliothèques.
L’intention était purement anodine, récréative, généreuse. C’est sans doute pour cela qu’elle a suscité un tel enthousiasme. Le fait est que deux mois plus tard, la page Facebook compte près de 17.000 fans (and still counting). Si le mot buzz possède la moindre once de sens, c’est ici qu’il doit être employé.
Les marques, les stars et les politiques reconnaissent déjà Facebook comme le formidable catalyseur de centres d’intérêts qu’il est. Peut-être parce que l’on considère qu’il en est tout le contraire, le livre est absent des réseaux sociaux. C’est un raisonnement fautif réparé par Improbables librairies, improbables bibliothèques. Elle met à jour un engouement vivace et surtout universel : les fans viennent des quatres coins du monde, likent et partagent les posts. Loin d’une idée désincarnée du livre, la page donne à voir. Chaque jour, des photographies et des dessins qui mettent en scène les librairies et les bibliothèques pour ce qu’elles sont : des endroits exceptionnels qui intriguent, attirent, étonnent. Des lieux qui disent le monde.
A l’heure où d’aucuns estiment que l’on peut se passer des libraires et des bibliothèques parce après tout, on a Internet, des hotspots et des Ipad, le travail de Valérie Mathey, Sarah Feuvrier et Gérard Picot envoient un signal clair : book’s not dead !
Malgré tous ses bons côtés, la bibliographie reste associée à une vision un peu ancienne du métier. Pour un peu, on la qualifierait de lubie du bibliothécaire, un témoignage un peu suranné de son évident attrait pour le classement. Et puis, quand on pense bibliothèque numérique, nouvelles technologies, on y attache rarement la notion de bibliographie!
Alors, faut-il la laisser tomber? Ce n’est pas si évident… Il y a les listes de romans d’amour, de polars, de mangas qui rendent de fiers services aux usagers en mal d’idées lecture. Et puis, il y a les bibliographies plus détaillées quand on a besoin d’approfondir un sujet pour un exposé, pour un cours, ou par curiosité personnelle. En fait, les bibliographies sont des outils bien pratiques pour les usagers à condition d’être adaptées au web.
Attention, il ne s’agit pas simplement de numériser la version papier et de la rendre disponible au téléchargement en format pdf!
Paniers dynamiques
Certaines bibliothèques ont fait le choix de constituer des paniers thématiques dans leur catalogue. Cette option présente l’avantage de proposer des listes dynamiques: l’utilisateur peut immédiatement connaître la localisation du document dans la bibliothèque, savoir s’il est disponible ou non et le réserver le cas échéant. La médiathèque intercommunale Ouest Provence a choisi cette présentation pour des sélections documentaires aussi diverses que le grand âge, le logement, l’économie verte ou les métiers du paysage.
Flux RSS
Pour les simples listes mentionnées plus haut, comme les romans d’amour ou du terroir, il est également possible de laisser la possibilité à l’utilisateur de s’abonner à un flux RSS qui l’informera systématiquement des nouvelles acquisitions en la matière.
Ces versions numériques des bibliographies peuvent toujours être doublées par une version papier, accessible en salle pour les lecteurs n’étant pas familiers des nouvelles technologies. On précisera simplement sur ces documents qu’ils sont aussi disponibles sur le site internet de la médiathèque pour inciter les usagers à les consulter en ligne.
Des sélections attractives et plus visibles
La médiathèque de Levallois-Perret propose une initiative intéressante. Quand on fait une recherche sur le catalogue et qu’on accède à la notice d’un document, la page de résultats propose une liste d’ouvrages se rapportant à un même thème. Par exemple, si je recherche Maus d’Art Spiegelman dans le catalogue, la page de résultat me proposera une sélection de documents sur le thème “L’histoire en bande-dessinée”. Cela permet d’accroître la visibilité de bibliographies qui resteraient confidentielles autrement, d’autant plus que la présentation est attractive grâce à la présence des couvertures.
Malheureusement les choix que nous venons de présenter, s’ils conviennent parfaitement pour une sélection basique de documents (simple liste), ne sont pas idéaux pour les bibliographies qui intègrent également du contenu (présentation d’auteurs, critiques, définitions, citations…)
Toujours pour accroître le côté attractif de leurs bibliographies, les bibliothécaires pourraient s’inspirer des diaporamas thématiques du site fluctuat.net. L’ajout de photos, de vidéos ou d’images rend la consultation agréable et divertissante. Et cette fois, il est possible d’adjoindre du texte à la sélection!
Ne pas oublier de relayer l’ajout d’une nouvelle sélection de documents sur les réseaux sociaux pour booster sa visibilité!
La bibliothèque de Noisy le Sec a franchi un grand pas pour renouveler l’image des bibliographies et des sélections documentaires. Celles-ci ne sont désormais plus l’apanage du bibliothécaire spécialisé. La communauté d’usagers était invitée à constituer ses propres listes subjectives! L’humour et l’espièglerie étaient au rendez-vous avec la liste des titres bizarres, la liste des musiques à éviter quand on est suicidaire, la liste des romans où il fait très froid, 10 livres à lire sous les draps…L’animation “Vertiges de la liste” a d’ailleurs remporté le prix de l’animation Livre Hebdo.
On attendait beaucoup des QR codes en bibliothèque. Mais jusqu’ici les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes: chasses au trésor (de QR code en QR code), informations pratiques, renvois vers des critiques de livres ou vers le catalogue… En réalité les usages sont tellement confidentiels qu’ils découragent les professionnels.
Pourtant, en dehors des bibliothèques, smartphones et QR codes prolifèrent.
Qu’avons-nous donc raté?
Il faut bien garder à l’esprit que l’intérêt du QR code est de pouvoir établir un lien permanent et physique vers une information numérique qui change régulièrement.
Expliquons-nous. Avec l’instauration des journaux gratuits dans les transports en commun, les usagers ont pris l’habitude de lire les nouvelles pendant leurs déplacements. Pourquoi alors la bibliothèque ne leur proposerait-elle pas, sur chaque abribus ou arrêt de tramway, un QR code unique renvoyant vers (au choix):
- une revue de presse récapitulant l’actualité de la semaine.
- une série de courts-métrages pour courts trajets.
- l’oeuvre d’art de la semaine accompagnée de quelques mots d’explication. Ce cliché proviendrait de la collection de musées locaux afin de les valoriser.
En somme, un seul QR code à flasher en attendant son bus pour avoir accès à des contenus brefs, adaptés à des trajets courts et constamment renouvelés.
La lecture des quotidiens gratuits offre à l’usager un flux d’actualités chaudes et continues, tandis que la revue de presse des bibliothécaires lui permet de faire le point sur les principaux événements de la semaine. C’est dans la sélection de l’information par le bibliothécaire que réside la valeur ajoutée du service.
Ce QR code à flasher sera accompagné d’un mode d’emploi très succint (mentionnant la bibliothèque comme auteur, expliquant le contenu proposé et son renouvellement hebdomadaire). La cible reste ici les usagers déjà aguerris à ce type de pratiques, essentiellement les adolescents. Ce n’est en effet pas en quelques mots sous un abribus qu’on convertira les publics non familiers de cette technologie à son emploi!
Dans un autre ordre d’idées, le QR code peut être l’occasion de faciliter la vie de l’usager au quotidien. Imprimé systématiquement sur les cartes des usagers, il leur permet, une fois flashé, d’avoir directement accès à leur compte de lecteur sur leur téléphone sans avoir à ouvrir leur ordinateur, à se connecter au site de la bibliothèque, à entrer leur login et leur mot de passe… qu’ils ont forcément oubliés! (Attention à avoir une version mobile du site pour une lecture optimale).
Enfin, en guise de conclusion, le QR code peut être ponctuellement employé dans certaines expositions. Imaginons, par exemple, que l’oeuvre The Destroyed Room de Jeff Wall soit présentée au public. L’artiste a élaboré la composition de sa photographie en s’inspirant de La Mort de Sardanapale de Delacroix. Un QR code peut donc permettre au visiteur d’avoir sous les yeux une référence qu’il n’a pas nécessairement en tête.
Au congrès ABF de juin 2011, Les bibliothèques au défi de la communication, Lionel Dujol affirmait que l’important aujourd’hui n’est plus seulement de communiquer sur l’établissement ou ses collections, mais aussi de valoriser les personnes ressources que sont les bibliothécaires.
Tandis qu’en France le port du badge par les bibliothécaires fait débat, que les professionnels sont divisés à son sujet et que seules quelques rares bibliothèques l’ont adopté, les pays étrangers ont une longueur d’avance et proposent des manières plus originales d’identifier le personnel.
Ils apportent une dimension supplémentaire à la réflexion : s’il est vrai que la difficulté d’identification du personnel freine l’usager dans sa volonté d’engager l’échange, elle n’est pas l’unique obstacle. La peur du ridicule, celle de poser une question stupide ou même la crainte de déranger le bibliothécaire dans son travail entrent aussi en ligne de compte. Un badge est un premier pas, mais il ne suffira ni à décomplexer le lecteur, ni à encourager le dialogue sur des bases moins intimidantes. La bibliothèque universitaire du campus de Carleton aux USA exprime très bien cette volonté dans son slogan: « Ask us! (That’s why we are here!) ».
Partant de ce constat des formes d’identification du personnel des bibliothèques plus attirantes ou plus humoristiques se sont construites:
Certaines bibliothèques ont donné au personnel la possibilité de créer et de personnaliser leur badge. Cela a un double effet : d’une part le bibliothécaire portera plus volontiers un insigne qu’il apprécie, d’autre part la créativité et la personnalisation étant encouragées, les badges seront plus attractifs et favoriseront l’identification individuelle des personnels par les usagers.
D’autres établissements comme la BU d’Angers proposent, sur leur site, la photographie des interlocuteurs des usagers. De plus, un service de chat ou de questions par mail invite les usagers à entrer en contact avec des bibliothécaires.
Cependant, cette initiative, si elle est heureuse, ne présente pas la même attractivité que celle proposée par la Gould Library de Carleton Colleg aux USA. Cet établissement offre à ses étudiants la possibilité de rendez-vous individuels avec un bibliothécaire selon le principe des « reference librarians ». Sur le site de la bibliothèque, l’onglet « reference librarian » liste les noms de chacun d’entre eux avec leur domaine de spécialité et leur photographie. Pour chacun, un emploi du temps interactif est disponible donnant à l’étudiant la possibilité de s’inscrire dans un créneau pour avoir un entretien. Mais cette organisation n’empêche pas l’aspect ludique: chaque reference librarian dispose d’une « carte biographique » ayant une couleur propre et un design qui fait penser à une couverture de vinyle. Les professionnels se mettent en scène, posent sur la couverture et petite note d’humour supplémentaire: de faux noms de chansons renvoient à l’importance de la recherche documentaire: « References to No One », « Should I search or should I browse », « I heard it through the Google Reader », « All I need is a good search term »… Le contact du bibliothécaire ainsi que son domaine de spécialité est indiqué sur la carte biographique. Le site rappelle également, pour chaque membre du personnel, ses heures de présence au Service Public pendant lesquelles il est directement joignable à la banque de renseignements. Il rappelle également la permanence téléphonique assurée par les bibliothécaires pour toute question de recherche documentaire pendant l’été ou les vacances scolaires.
Le service communication de la médiathèque Cabanis de Toulouse mène carrément une campagne de communication à travers la ville (affiches) valorisant les bibliothécaires :


Cette présentation par la dérision et l’humour incite les usagers au dialogue en montrant la grande disponibilité des professionnels.

Et si l’on cessait un instant de décrier les grandes surfaces culturelles pour voir les bonnes choses qu’elles peuvent apporter aux bibliothèques? Bien sûr, il ne s’agit pas de vendre le livre au poids, mais de favoriser l’accès, l’accueil et l’appropriation des documents et des services par les usagers. Cette démarche a d’ailleurs déjà été en partie entreprise par les Idea stores au Royaume-Uni. Quelles pourraient être les pistes à suivre dans nos bibliothèques?
D’abord, s’inspirer de la simplicité, de la souplesse de leurs horaires d’ouverture. Ca tient en une ligne: 9h-19h 7/7j. Car l’enjeu essentiel pour les bibliothèques est de s’adapter aux rythmes de vie des usagers ; il est triste de constater qu’au terme de leur journée de travail, les usagers trouvent le supermarché ouvert et la bibliothèque fermée.
La grande distribution est passée maître dans l’art de favoriser la rencontre entre le consommateur et les produits : pourquoi ne pas réutiliser ses techniques, mais pour servir d’autres fins que la vente? Beaucoup de bibliothèques développent le facing des livres (présentation de la couverture et non de la tranche) pour attirer l’oeil et l’attention de l’usager : il faut désormais généraliser cette pratique pour mettre en valeur les collections. Cela implique sans doute de réfléchir sur le mobilier des équipements et à un nouvel aménagement des espaces qui privilégie la qualité à la quantité. On peut envisager de se rapprocher des présentations en “têtes de gondoles” largement pratiquées dans les supermarchés. Par ailleurs, le facing permet de mettre en valeur le rôle de médiation du bibliothécaire, de valoriser son rôle de conseil et de sélection des ressources. En effet, on peut imaginer qu’à côté des livres on trouve un QR code ou un petit cartel renvoyant vers une critique de l’ouvrage rédigée par un bibliothécaire qui l’aurait lu.
Il pourrait même être amusant qu’une bibliothèque assume totalement cette inspiration de l’univers marchand et valorise les documents “coup de coeur” par des étiquettes inspirées de celles qu’on trouve lors des actions de promotions ou des soldes sur les produits usuels (couleurs fluos, formes étoilées…)
Les supermarchés attirent le chaland par des offres promotionnelles éclairs. Appliquons cette méthode dans nos bibliothèques: “Le dernier Murakami est arrivé à la bibliothèque, découvrez-le à la cote…” (en vérifiant bien sûr qu’il reste suffisamment d’exemplaires en rayon), “dans la prochaine demi-heure, empruntez trois DVD au lieu d’un seul”. Il faut veiller à ce que ces annonces ne soient pas trop récurrentes (un après-midi par semaine) afin d’intriguer l’usager sans le déranger.
Certaines bibliothèques ont déjà expérimenté la “pochette surprise” à retirer aux banques d’accueil. Cette idée est très proche de celle des supermarchés qui cherchent à captiver l’attention des clients pendant qu’ils patientent à la caisse. Les pochettes surprises tenteront aussi ces usagers qui viennent à la bibliothèque sans savoir précisément ce qu’ils cherchent et qui sont demandeurs de conseils de lecture.
Toutes les idées évoquées ci-dessus ont déjà été testées par certains équipements. Pour aller plus loin dans cette réflexion, nous proposons un service de bibliodrive: les usagers passent commande de leurs documents sur le site de la bibliothèque. Le panier est préparé dans les heures qui suivent et attend son lecteur qui n’a plus qu’à le récupérer!
A l’approche de Noël, la bibliothèque vous aide dans vos idées cadeaux! Comme à la Seattle Public Library, organisons des séances où les usagers peuvent tester des livres, bds, mangas, films, cds… qu’ils pourront ensuite offrir à leurs proches. Ils peuvent aussi profiter des conseils désintéressés d’un bibliothécaire qui prendra le temps de répondre aux demandes individuelles. On invitera aussi à la bibliothèque un représentant des structures culturelles locales (théâtre, opéra, musée, salle de concert…) qui pourra avoir le même rôle auprès des usagers souhaitant offrir pour Noël une place de spectacle ou une entrée pour une exposition à leurs proches. On travaille ainsi en bonne intelligence avec les partenaires et les libraires locaux, on crée une dynamique économique sur le territoire. Au moment de l’achat, l’usager montrera sa carte de bibliothèque et obtiendra une petite ristourne sur son cadeau!
Dans la même veine, pourquoi ne pas nous appuyer sur notre connaissance des publics pour proposer des listes de cadeaux culturels en fonction des âges et des goûts.
Mais poussons encore un peu plus loin notre raisonnement… Il arrive qu’on offre un livre à un proche sans être bien certain qu’il lui plaira. Ou alors, faute d’idées, le non-choix par excellence sera le dernier Goncourt. Pour éviter de telles situations, offrons des cartes de bibliothèques à nos proches! Pour l’équivalent du prix d’un ou deux livres, ils auront le choix de leurs lectures tout au long de l’année. Mais comment s’y prendre? Je ne peux pas faire la démarche d’inscrire mon voisin à la bibliothèque puisque je n’ai pas son justificatif de domicile! La réponse est simple: ou on supprime le justificatif de domicile des formalités ou on délivre la carte au payeur et le titulaire apportera son justificatif à sa première venue, ce qui nous permettra par la même occasion de lui souhaiter la bienvenue et de lui présenter la médiathèque. Il faudra aussi veiller à ce que la carte devienne un bel objet qu’on ait envie d’offrir!
Une dernière idée: proposer des offres spéciales pendant les moments d’accueil du public. La veille de Noël ou le lendemain un haut-parleur diffusera aux usagers présents un message comme “pour Noël, la bibliothèque vous offre la possibilité d’emprunter le double de DVDs autorisés. L’offre est valable dans la demi-heure à venir, profitez-en!”
Naviguer en eaux troubles
Les réservoirs de textes numériques se sont constitués de manière anarchique. Ils résultent souvent d’initiatives privées ou personnelles. Un passionné de Voltaire a, par exemple, mis en ligne toutes les œuvres de l’écrivain sur un site. Le projet Gutenberg qui rendait gratuitement accessibles des textes grand public , comme Alice aux pays des merveilles, sont déjà de plus grande ampleur. Cependant, toutes ces initiatives manquent d’harmonisation. Elles poussent comme des champignons et l’internaute a du mal à s’y retrouver. Ses recherches sont complexes car le titre qu’il veut lire est disponible sur plusieurs sites dans des versions, des éditions ou des langues différentes. Il perd donc du temps.
Ce paysage complexe mérite donc d’être harmonisé ! Comment ?
Xml et OAI pour une harmonisation réussie
L’harmonisation réclame d’abord des solutions techniques : il faudrait que les textes numérisés soient désormais encodés dans un langage commun : le xml, et que leurs métadonnées soient accessibles sur un serveur OAI. De cette façon, imaginons un internaute qui fait une recherche sur le catalogue de sa bibliothèque. Il veut lire sur son ordinateur Candide de Voltaire. Le résultat de sa recherche lui indiquera que la bibliothèque ne dispose pas de version numérisée de ce texte, mais qu’il peut cependant consulter ce titre en ligne, dans telle édition et dans telle langue, sur tels sites internet. L’OAI permet en fait une recherche fédérée sur tous les réservoirs de textes numériques.
Bien sûr cela nécessite la création d’un catalogue commun à tous ces réservoirs. L’OCLC a déjà lancé ce projet avec le catalogue Worldcat que Google Books vient de rejoindre.
Le mode texte
Outre l’harmonisation des réservoirs de textes numériques, un autre enjeu est de rendre disponibles les ouvrages non plus en mode image mais en mode texte afin de faciliter la recherche de l’internaute et de permettre de nouveaux usages. Le mode texte permet la recherche par mots sur un moteur de recherche. Par exemple, un internaute qui ne se souvient pas du titre d’un livre qu’il a lu il y a très longtemps, mais seulement du nom de son personnage principal tapera ce nom dans un moteur de recherche qui l’amènera directement sur la version numérique du livre en question. Le mode texte permet aussi de nouveaux usages pour les chercheurs comme la possibilité de réaliser des statistiques linguistiques, de rechercher le nombre d’occurrences d’un mot dans un texte…
De quoi parle-t-on?
Le patrimoine numérique… L’expression semble un tantinet antithétique. Dans l’imaginaire collectif, le numérique renvoie au présent, au futur, aux nouvelles technologies tandis que le patrimoine s’inscrirait dans le passé. Deux notions, apparemment bien difficiles à concilier… Et pourtant, il est urgent d’y prêter attention.
Il y a de nombreux documents numériques: documents physiques numérisés à des fins de conservation ou de communication, documents nés numériques… Leur masse croît rapidement et ils disparaissent dans un flux continuel d’informations, d’où l’importance d’en préserver certains, de les conserver.
C’est là que le bibliothécaire intervient. Il sélectionne les documents numériques en fonction de leur pertinence et de leur rareté pour constituer des corpus ayant une unité intellectuelle. Frédéric Martin et Emmanuelle Bermès, dans un numéro du bbf, reconnaissent le concept de collection numérique grâce au travail du bibliothécaire qui donne une cohérence aux documents.
Ce sont ces collections numériques qui feront l’objet d’un plan de conservation, au même titre que le patrimoine physique.
Patrimoine physique versus patrimoine numérique, quelles différences?
Ces deux formes de patrimoine sont bien plus proches qu’il n’y paraît. Comme le patrimoine physique, le patrimoine numérique requiert une sélection des documents, leur acquisition, leur catalogage, leur stockage et leur communication aux publics.
Finalement, les seules différences sont que le catalogage réside dans l’ajout de métadonnées décrivant le document numérique et que le stockage et la communication ne sont pas assurés par des magasiniers mais par des informaticiens. Le patrimoine numérique nécessite un dialogue étroit entre bibliothécaires et informaticiens: le bibliothécaire définit les besoins de la collection numérique en termes de conservation, l’informaticien apporte les réponses techniques à la satisfaction de ces besoins.
L’évaluation des risques qu’encourent les collections numériques est en partie similaire à ceux auxquels sont confrontés les documents patrimoniaux physiques: risques naturels, sinistres… Mais à ces tourments s’ajoute une série qui leur est propre: risques liés au système (plantage du serveur), risques liés à l’obsolescence d’un format ou d’un support (un document stocké sur une disquette n’est plus lisible aujourd’hui), risques liés à la fragilité des supports (la durée de vie d’un CD est très courte), risques liés à l’accessibilité du document (mot de passe perdu).
De plus, le patrimoine numérique n’est pas encore une notion durablement installée dans nos bibliothèques. Peu d’agents y travaillent, la mission de conservation des documents numériques est donc soumise aux aléas des plannings, des absences ou des réductions de personnels. Malgré la création de la section Patrimoine Numérique du Service du Livre et de la Lecture du Ministère de la Culture et des subventions qu’elle accorde aux projets de conservation du patrimoine numérique, ceux-ci sont encore trop souvent dépendants de financements irréguliers, non acquis, et pouvant être brutalement coupés. De ce fait, les professionnels sont parfois forcés de laisser leur programme de conservation à l’abandon.
C’est pourquoi, il est important de sensibiliser les professionnels à la question du patrimoine numérique.
Quelles pratiques de conservation pour le patrimoine numérique?
L’Open Archival Information System (OAIS) est une norme ISO qui prévoit des stratégies de préservation du patrimoine numérique. Parmi elles, on retient:
- l’émulation: qui consiste à changer le support d’un document (soit d’un type de support à un même type de support: d’un CD à un autre CD, soit d’un type de support à un autre type de support: d’un CD à un disque dur).
- la transformation: qui consiste à changer le format d’un document numérique, du format pdf au format libre xml, par exemple.
L’idéal est de pratiquer des stratégies différentes de conservation en fonction des documents concernés. Pourquoi? Il ne s’agit pas de mettre tous ses oeufs dans le même panier. Par exemple, si je conserve tous mes documents patrimoniaux numériques sur cd, cela ne tiendra pas sur le long terme puisque le cd n’est pas un support fiable. Il est préférable d’avoir des sauvegardes pour les documents qu’on veut conserver de manière durable ou de pratiquer des émulations régulières.
La communication des documents patrimoniaux numériques
Il ne faut surtout pas jouer la carte du “chacun pour soi”. Expliquons nous avec un exemple concret: la bibliothèque des Champs Libres à Rennes n’a pas encore fini son programme de numérisation, il est donc possible qu’un titre ne soit pas disponible en ligne pour le lecteur. Mais la bibliothèque de Philadelphie a déjà numérisé et mis en ligne ce titre. Sur son catalogue, la bibliothèque des Champs Libres propose donc à l’usager:
-soit de consulter sur place l’exemplaire dont elle dispose
-soit de consulter en ligne l’exemplaire de Philadelphie
L’usager bénéficie donc d’un accès unifié à la ressource. Cela lui simplifie la vie! Il n’aurait certainement pas pensé à chercher le titre sur le catalogue de la bibliothèque de Philadelphie!