Et si l’on cessait un instant de décrier les grandes surfaces culturelles pour voir les bonnes choses qu’elles peuvent apporter aux bibliothèques? Bien sûr, il ne s’agit pas de vendre le livre au poids, mais de favoriser l’accès, l’accueil et l’appropriation des documents et des services par les usagers. Cette démarche a d’ailleurs déjà été en partie entreprise par les Idea stores au Royaume-Uni. Quelles pourraient être les pistes à suivre dans nos bibliothèques?
D’abord, s’inspirer de la simplicité, de la souplesse de leurs horaires d’ouverture. Ca tient en une ligne: 9h-19h 7/7j. Car l’enjeu essentiel pour les bibliothèques est de s’adapter aux rythmes de vie des usagers ; il est triste de constater qu’au terme de leur journée de travail, les usagers trouvent le supermarché ouvert et la bibliothèque fermée.
La grande distribution est passée maître dans l’art de favoriser la rencontre entre le consommateur et les produits : pourquoi ne pas réutiliser ses techniques, mais pour servir d’autres fins que la vente? Beaucoup de bibliothèques développent le facing des livres (présentation de la couverture et non de la tranche) pour attirer l’oeil et l’attention de l’usager : il faut désormais généraliser cette pratique pour mettre en valeur les collections. Cela implique sans doute de réfléchir sur le mobilier des équipements et à un nouvel aménagement des espaces qui privilégie la qualité à la quantité. On peut envisager de se rapprocher des présentations en “têtes de gondoles” largement pratiquées dans les supermarchés. Par ailleurs, le facing permet de mettre en valeur le rôle de médiation du bibliothécaire, de valoriser son rôle de conseil et de sélection des ressources. En effet, on peut imaginer qu’à côté des livres on trouve un QR code ou un petit cartel renvoyant vers une critique de l’ouvrage rédigée par un bibliothécaire qui l’aurait lu.
Il pourrait même être amusant qu’une bibliothèque assume totalement cette inspiration de l’univers marchand et valorise les documents “coup de coeur” par des étiquettes inspirées de celles qu’on trouve lors des actions de promotions ou des soldes sur les produits usuels (couleurs fluos, formes étoilées…)
Les supermarchés attirent le chaland par des offres promotionnelles éclairs. Appliquons cette méthode dans nos bibliothèques: “Le dernier Murakami est arrivé à la bibliothèque, découvrez-le à la cote…” (en vérifiant bien sûr qu’il reste suffisamment d’exemplaires en rayon), “dans la prochaine demi-heure, empruntez trois DVD au lieu d’un seul”. Il faut veiller à ce que ces annonces ne soient pas trop récurrentes (un après-midi par semaine) afin d’intriguer l’usager sans le déranger.
Certaines bibliothèques ont déjà expérimenté la “pochette surprise” à retirer aux banques d’accueil. Cette idée est très proche de celle des supermarchés qui cherchent à captiver l’attention des clients pendant qu’ils patientent à la caisse. Les pochettes surprises tenteront aussi ces usagers qui viennent à la bibliothèque sans savoir précisément ce qu’ils cherchent et qui sont demandeurs de conseils de lecture.
Toutes les idées évoquées ci-dessus ont déjà été testées par certains équipements. Pour aller plus loin dans cette réflexion, nous proposons un service de bibliodrive: les usagers passent commande de leurs documents sur le site de la bibliothèque. Le panier est préparé dans les heures qui suivent et attend son lecteur qui n’a plus qu’à le récupérer!